Amnesty International Poitiers

Le sort des femmes veuves en Inde

mercredi 31 décembre 2008 par Chantal B, Claudie L

Le jeudi 27 novembre, dans le cadre de la SSI [1], a eu lieu à Poitiers une conférence de Josette Rey, fondatrice de l’association « Souffle de l’Inde » qui accueille des femmes veuves, d’abord au Kérala et aussi au Karnataka. Cette manifestation était organisée par Orcades, l’Arbre aux Echos et Amnesty International groupe Poitiers.

Ce papier est un bref retour sur cette soirée.







 l’Inde en bref…

  • la religion, en Inde, fait partie intégrante de la vie quotidienne. On dénombre (à peu près) 70% d’Hindous, 13% de musulmans, les 17% restants se partageant entre chrétiens, bouddhistes,
  • la culture est hindoue, les règles de vie sont fortement marquées par l’hindouisme,
  • la population est rurale à 70%, bien que nous voyions souvent des images d’immenses métropoles comme Bombay, Delhi, …
  • les castes sont maintenant interdites par la loi mais elles sont néanmoins toujours présentes et régissent le quotidien des personnes.

Les castes sont au nombre de quatre :

    • les Brahmanes, caste la plus élevée qui comprend les prêtres et enseignants,
    • les Kshatriyas comprenant les guerriers, les princes ou rois,
    • les Vaishyas avec les commerçants, les agriculteurs et les artisans,
    • les Shudras avec tous les serviteurs (50% de la population),

Les Intouchables ou Dalits (opprimés -de 25 à 30% de la population-) qui font tous les travaux impurs et les populations tribales constituent une classe hors-castes.

Ce que l’on vit dans sa caste actuelle conditionne une vie future. La réincarnation est un moment fort de l’hindouisme. On peut changer de caste dans une autre vie, mais pas au cours de celle où l’on vit actuellement. Ainsi, des conditions de vie extrêmement difficiles sont acceptées parce qu’elles peuvent ouvrir la porte à une autre vie plus sereine. De même, on accepte facilement que certaines personnes de castes inférieures ou hors castes soient maltraitées, car leur vie spirituelle s’en trouverait enrichie.

 Selon Josette Rey, et en quelques mots, le statut des femmes hindoues…

La femme indienne ne bénéficie d’un statut social que si elle est mariée. Elle n’intègre une caste que par son mariage. Toute sa vie est donc conditionnée par cet évènement.

La femme indienne n’a aucune indépendance financière, elle n’a de ressources que par son mari ou ses enfants. Elle n’exerce en général pas d’activité rémunérée. Sa vie entière est consacrée à la famille. Même les femmes instruites s’arrêtent souvent de travailler après la naissance du premier enfant. Le système de dot (souvent très élevée) que les parents doivent fournir au mari, est maintenant interdit par la loi. Cependant, il perdure et contribue à rendre problématique la naissance des filles. En effet, des parents de plusieurs filles auront beaucoup de difficultés à trouver de quoi constituer plusieurs dots. On n’a donc pas intérêt à voir naître plusieurs filles dans une même famille.

Il est interdit aux médecins de révéler le sexe de l’enfant à venir, lors d’une échographie. Néanmoins, moyennant finances, il est toujours possible de détourner la loi et les avortements concernant les fœtus de sexe féminin ne sont donc pas rares. Il arrive aussi qu’on ne s’occupe pas des petites filles, qu’on les laisse mourir.

Plus tard, les jeunes filles sans dot peuvent également être envoyées au temple : gîte et couvert seront accordés en échange de prostitution.

Le mariage est donc un évènement d’une grande importance, c’est un moment extraordinaire pour les femmes, dit Josette Rey ; elle les décrit comme rayonnantes d’amour pour leur mari. En se mariant, au regard de la religion, elles s’engagent à l’aimer et à le protéger.

D’où le problème grave qui s’ensuit si le mari décède prématurément : une femme veuve est une femme qui n’a pas su protéger son mari, qui ne l’a pas aimé suffisamment, elle a commis une faute même si, par exemple, il a été victime d’un accident de la circulation !

Il y a peu de temps encore (et cette pratique, bien qu’interdite, aurait encore cours), la femme, pour racheter sa faute et peut-être avoir accès à une autre vie, était fortement incitée à s’immoler dans le bûcher funéraire. Elle-même pouvait penser que c’était le seul moyen de tenter d’effacer sa faute ou d’échapper à la vindicte sociale et familiale. [2] Maintenant, le plus souvent, la femme est rejetée par sa belle-famille (avec laquelle elle habitait, du vivant de son mari), maltraitée, utilisée comme esclave ou jetée à la rue avec ses enfants car elle n’intéresse plus personne. Elle porte malheur, elle est démunie et devient un cas social dont personne ne veut s’occuper. Ces femmes sont condamnées très souvent à travailler à la réfection des routes, casser des pierres, ou bien étaler le goudron bouillant sous une chaleur accablante, simplement vêtues d’un sari retroussé et chaussées de "tongs".

Josette Rey a mentionné également la difficulté pour une femme à se remarier : même si quelqu’un s’intéresse à elle, elle vit dans la crainte que le scénario précédent ne se reproduise.

Elle parle aussi d’un pays extrêmement capitaliste avec un individualisme fortement accentué par la religion. Chacun doit faire son chemin pour accéder à d’autres vies meilleures.

 Cette conférence fut un témoignage vivant…

Celui d’une personne engagée dans des actions auprès de populations très démunies et particulièrement des femmes. Elle a remporté un franc succès et nous a ouvert sur des problématiques humaines qui souvent nous étaient inconnues.

 Souffle de l’Inde, une association de réinsertion des veuves…

L’association fondée par Josette Rey a créé 2 ateliers d’artisanat qui accueillent quelques unes de ces femmes pour leur procurer du travail. Elles sont également nourries à midi avec leurs enfants. Cette activité rémunérée leur permet de se reconstruire en dehors de la sphère familiale, de retrouver une dignité et même de gagner un statut au sein de leur famille, au travers d’un salaire mensuel. Ces salaires permettent de vivre à une centaine de personnes.

Les ateliers sont situés à Cochin (Kérala) – fondé en 2002- et à Bangalore (Karnataka) – fondé en 2004. Tous les objets d’artisanat fabriqués dans ces ateliers et vendus par l’association s’inscrivent dans l’éthique du commerce équitable.

Pour en savoir plus sur l’association fondée par Josette REY : Souffle de l’Inde.

[1] Semaine de la Solidarité Internationale

[2] Au Nord de l’Inde, en Utar-Pradesh, Sampat Devi Pal a fondé « le gang des femmes en sari rose » pour lutter contre les injustices sociales dont les femmes sont victimes.


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